Internationalisme : Espéranto et processus NPA.

Publié le par Franck

[Par Franck]

Depuis son commencement, nous tous avons le désir que le processus NPA soit le plus internationaliste possible. Ce n'est d'ailleurs pas seulement un désir ou une aspiration, c'est une nécessité. Le capitalisme n'a pas de frontières, l'anti-capitalisme ne devra pas en avoir  non plus. C'est une simple question d'efficacité et de pérennité.

Sans vouloir discuter plus avant s'il faut ou non conserver la IV° internationale, ou en construire une V° qui serait allégée de la référence trotskyste, l'on peut déjà s'interroger sur certaines modalité de cet internationalisme.

Le capitalisme a imposé (ou tente encore d'imposer) à tous les peuples non seulement son mode de domination économique, son modèle anti-social, mais aussi un mode de domination idéologique et culturelle. Et cela passe inévitablement par la langue.

En effet depuis pratiquement deux siècles l'anglais est devenu la langue dominante à travers le monde : langue des affaires, des médias, de la technologie (internet...). On pourrait citer bien d'autres exemples encore. Or cette langue ne fait pas l'unanimité. Elle est peut-être pratiquée par un grand nombre de personnes, mais qui la possède réellement entièrement ?

Quoi qu'on puisse en penser (et loin de moi de dénigrer le génie de la langue de Shakespeare), une langue n'est pas seulement un moyen d'expression, c'est aussi toute une culture et l'histoire d'un peuple qui s'y trouvent intimement mêlées.

Or les « élites » n'ont eu de cesse d'imposer l'anglais et par tous les moyens possibles. De gros investissements sont mis en œuvre pour que l'on puisse tous apprendre l'anglais. L'apprentissage de l'anglais fait même partie du « socle commun » éducatif que cherchent à nous imposer les Fillon, Darcos etc...

Cependant aujourd'hui l'évolution économique nous contraindrait à apprendre également le chinois. On ne compte plus les écoles de commerce, où cette langue commence à être enseignée.

On en revient au même problème, la langue internationale, censée être parlée par tou(te)s, n'est en fait que la langue d'une nation dominante à un instant donné. Ce qui signifie également la domination d'un peuple (ou des « élites » de ce peuple) sur tous les autres.

On a essayé par le passé, et cela sans réel succès, d'utiliser d'autres méthodes dans la communication internationale. J'ai même entendu qu'il existe aujourd'hui  des méthodes de communication, qui permettraient aux populations des langues romanes de se comprendre au moins a minima. En confrontant les lexiques et grammaires de ces différentes langues (français, espagnol, portugais, italien, roumain...), on arriverait à faire dériver un lexique plus ou moins commun et une grammaire qui n'en serait pas moins. Mais quid de la communication avec les peuples de branches linguistiques différentes ?

Pourtant depuis plus d'un siècle, un système existe, qui a donné les preuves de son efficacité (actuellement à travers le monde entre 2 et 5 millions de personnes sont adeptes de ce système) et cela malgré d'innombrables écueils : les deux guerres mondiales, les fascismes, le nazisme, le stalinisme... et parfois ce système a été utilisé dans des circonstances particulièrement tragiques : l'Espéranto a servi de langue de communication entre les peuples des différents prisonniers des camps de concentration.

Espéranto : voilà, j'ai lâché le mot ! Cela fera certainement sourire quelques lecteurs. Pour de mauvaises raisons.

Qu'est-ce que l'Espéranto ?

L'Espéranto a été créé par un jeune ophtalmologiste juif polonais de 28 ans (et cela après bien des années de tâtonnements) né à Bialystok en 1859 : Ludwig Lejzer Zamenhof. C'est la langue d'un surdoué qui dès sa plus tendre enfance avait ressenti la barrière des langues comme un facteur majeur de l'hostilité des peuples les uns envers les autres :

«  Tout a commencé dans les années 1870. Bialystok est alors une ville quadrilingue: on y parle polonais, yiddish, russe et allemand. Dans cette bourgade, qui fait partie de l'empire des tsars, un jeune garçon vit de douloureuses blessures psychologiques, crucifié qu'il est entre quatre communautés, quatre religions, quatre langues, quatre alphabets, quatre haines. Là, bien plus qu'ailleurs, le simple fait de s'exprimer vous catalogue. Ou vous vous exposez au mépris ou vous vous assurez une complicité. Tout événement se déroule sur un arrière-fond d'identités ethno-culturelles exacerbées. Si un Polonais a un problème administratif à régler, il est impensable que le fonctionnaire russe parle la langue de son interlocuteur, mais c'est la mort dans l'âme et l'esprit de vengeance au coeur que le Polonais baragouine sa requête en russe. »  Claude Piron : article Miser sur l'Espéranto, consultable sur :

http://claudepiron.free.fr

Décidé à mettre au point une langue de communication internationale véhiculaire et après maintes difficultés matérielles, Zamenhof fait publier en 1887 son premier livre en « langue internationale ». Pour passer outre la censure tsariste il publia cette brochure sous un pseudonyme Doktoro esperanto (le docteur qui espère), terme qui par la suite donna son nom à la langue.

La langue du peuple

Contrairement à certains de ces prédécesseurs dans ce domaine (le nombre de langues internationales inventées est considérable et a commencé pratiquement dès le XVIIème siècle), Zamenhof souhaitait que « sa » langue soit accessible à tous et que tous puissent se l'approprier.

Accessibilité : l'Espéranto est une langue dont la grammaire ne possède aucune irrégularité, son lexique est tiré des principales branches des langues européennes (latines, germaniques, slaves...) et ses structures sont à la fois caractéristiques des langues agglutinantes (basque, coréen, hongrois, swahili, inuit...) et isolantes (chinois...).  Son lexique est simple et tout un système de préfixes et de suffixes peuvent l'affiner de telle façon que l'on peut exprimer en Espéranto les nuances les plus infimes de la pensée humaine. De plus par sa facilité, chacun peut apprendre l'espéranto en quelques semaines.

Appropriation collective : Zamenhof n'avait que faire des droits d'auteur. Pour lui dès sa création, l'Espéranto ne lui appartenait plus (une langue n'appartient à personne) et il la donna au reste du monde, c'est-à-dire aux personnes qui seraient intéressées par et qui communiqueraient avec cette langue.

Les résistances à l'Espéranto

Je ne saurais pas mieux que Claude Piron, analyser et commenter les différentes résistances face à l'Espéranto. La référence magistrale sur ce sujet est un de ses articles : « Un cas étonnant de masochisme social », consultable sur :

http://claudepiron.free/articlesenfrancais/casetonnant.htm

Ce que Piron n'évoque pas, et qui pourtant est essentiel, est que l'Espéranto par son histoire elle-même (l'Espéranto s'est diffusé en 121 ans plus dans les classes populaires que parmi les « élites ») a développé des caractéristiques humanistes (l'ouverture au reste du monde engendre une réelle empathie entre les êtres humains), sociales (solidarités)... tout ce qui pourrait être nécessaire pour que les peuples acquièrent à terme leur autonomie par rapport à la classe dominante.

Aucun capitaliste n'a donc intérêt à promouvoir l'Espéranto. Mieux, il a tout intérêt à le discréditer, car le capitalisme pour se développer a besoin que les classes populaires soient dociles, divisées, ignorantes les unes des autres, repliées sur elles-mêmes, ce qui engendre nationalisme, chauvinisme, xénophobie... Diviser pour mieux régner. En bref, il a besoin de les maintenir dans un niveau de non-conscience de leur propre classe, de leur propre servitude.

On voit bien qu'un mode de communication populaire, accessible et démocratique qui briserait à grande échelle cette non-conscience de classe, est à coup sûr un des ennemis du capitalisme.

Espéranto et NPA

Nous voici donc parvenus au cœur du sujet, après un préambule qui a pu paraître long mais qui me semblait néanmoins nécessaire.

Que viendrait donc faire l'Espéranto dans le processus NPA ? 

L'internationalisme du NPA que nous appelons de nos vœux nécessite donc une connaissance approfondie des langues étrangères. Mais cette connaissance est lourde, dévoreuse de temps et possède un certain coût. Tout cela, au vu du savoir nécessaire à accumuler, se révèle pratiquement impossible : tous les peuples sont concernés par le processus NPA et il est impossible d'apprendre toutes les langues. Sans parler des variations dialectales. Une vie entière n'y suffirait pas.

De plus, se limiter à quelques langues très pratiquées (espagnol ...) reviendrait aux mêmes frustrations que nous subissons tous face à l'anglais et réinstaurerait une nouvelle domination.

L'Espéranto pourrait alors être la solution. Cette langue extrêmement simple et accessible pourrait être apprise en un temps minimal et chacun pourrait s'exprimer grâce à elle. De plus, comme cette langue n'appartient à personne, chacun peut s'exprimer avec elle (dans le cadre d'échanges internationaux) sans avoir aucun sentiment d'infériorité. C'est en cela que l'Espéranto est la langue de la démocratie.

En conclusion, et pour meilleure preuve de mes affirmations, ce texte sera intégralement traduit en Espéranto sur ce même blog, sous le titre : « Internaciismo :Esperanto kaj procezo NPK » et sous la même rubrique. A vous de juger !

Liens et références:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Esp%C3%A9ranto
http://claudepiron.free.fr

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